Choisir la langue

L’île de Minorque : une histoire vieille de 4000 ans

Multihistorique, l’île de Minorque est riche des occupations qu’elle a connues. Plus ou moins bienveillants, tous ces conquérants, des Phéniciens aux Français en passant par les Barbaresques ont laissé leur empreinte sur cette terre singulière.

Conquérants et envahisseurs jalonnent l’histoire de cette île singulière. Les vestiges de la culture “talayotique” y remontent à 2000 ans av. J.-C.. Son histoire est ensuite Phénicienne, grecque, carthaginoise, romaine, arabe de 903 à 1287. Ensuite conquise par le roi d’Aragon, l’île devient catalane, avec incursions des pirates. Au début du 18e siècle lorsque sa situation devient stratégique et en fait un objet de convoitise dans la guerre en Méditerranée. Anglaise pendant près d’un siècle, française de 1756 à 1763, l’île retourne sous la couronne espagnole en 1802.

L’île de Minorque à la période préhistorique

D’après les traces laissées, l’homme apparaît relativement tard à Minorque, sur la fin de l’âge de Bronze (3000 à 1000 av. J.-C). Les premiers occupants viennent sans doute de la partie orientale de la Méditerranée, avec eux leur vision mégalithique des premières constructions. Les vestiges de cette première Minorque sont remarquables. Quelques heures pour flâner et voyager dans le temps parmi ses ruines sont incontournables lors d’un voyage sur l’île de Minorque.

Les plus vieux vestiges sont datés de 2000 av. J.-C., mais les ensembles les plus importants vont de 1400 av. J.-C. à la romanisation de l’île, sur près de 12 siècles. Il s’agit essentiellement de sépulcres mégalithiques, d’hypogées allongés et de “navetes” d’habitation ou funéraires. Cette période, nommée civilisation “talayotique”, voit en Minorque un foyer exceptionnel, révélant notamment de nouvelles conceptions dans l’art de bâtir. Même la période romaine ultérieure ne fit pas disparaître ces habitats primitifs, où la population rurale demeura très longtemps.

  • Les grottes funéraires datent des 9e et 8e siècle av. J.-C.. On sait qu’elles sont utilisées à l’époque romaine.
  • Les navetes funéraires sont les plus anciennes constructions funéraires conservées en Europe. Le terme “navetes” vient de la forme du bâti, ressemblant à une coque de navire renversée. Ces constructions comprennent une ou deux chambres superposées. Une porte minuscule donne accès à une antichambre.
  • Les talaiots, ou  talayots, sont des constructions singulières : construites avec des pierres de taille sommairement travaillées, disposées en tours coniques, qui semblent figurer des tours de guet. En fait une petite chambre dont la fonction était peut-être funéraire.
  • Les taulas, symboles de la culture talayotique. Deux énormes blocs de pierre en calcaire, taillés en forme de T. On les trouve souvent avec des “talaiots”. Les taulas sont au centre d’un anneau de piliers monolithiques, couronnés aussi par une pierre formant un énorme chapiteau. Leur emplacement fait principalement penser à un sanctuaire.

L’histoire de l’île de Minorque aux époques catalane et espagnole (1287-1708)

De nombreuses églises sont présentes sur l'île de Minorque

Au 13e siècle, les Espagnols entreprennent la reconquête des Baléares. Minorque est récupérée en 1287, les musulmans réduits en esclavage et l’île rattachée au royaume de Majorque. Une période de courte durée, mais durant laquelle l’île de Minorque connaît un essor économique et culturel très important.

Les Minorquins se spécialisent notamment dans l’élevage de brebis et le travail de la laine. Mais les incursions de pirates et le désintérêt de la couronne d’Espagne pour cette île de « pierres et du vent » rendent la vie trop difficile. Nombreux sont ceux qui désertent leur île. Les îles des Baléares sont totalement oubliées du royaume au 15e siècle et la découverte de l’Amérique.

Le commerce se passant de l’autre côté, sur l’Atlantique. Ce sont les années sombres de l’île. En 1535 Barberousse saccage, incendie et réduit en esclavage la population de Mahon. Deux décennies plus tard, le même sort est réservé à Ciutadella. Entre temps épidémies et périodes de disette mettent les Minorquins à rude épreuve.

Le renouveau de l’île grâce à la Guerre de Succession d’Espagne

Les palais coloniaux, une des richesses de l"île de Minorque

Les Anglais redécouvrent l’île et surtout sa position stratégique dans le théâtre de leurs affrontements avec les Français. 1708 à 1756 est considérée comme une sorte “d’âge d’or”, sous le joug bienveillant du gouverneur Richard Kane. Il réalise de nombreuses infrastructures, développe l’agriculture, abolit l’Inquisition, et apporte des améliorations notables à la vie économique et quotidienne. C’est à cette époque que Ciutadella est détrônée capitale au profit de Mahon, qui connut alors un essor commercial prodigieux.

1756, sous l’impulsion de Richelieu, les Français chassent les Anglais et l’île de Minorque devient française. Des relations entre habitants et occupants là encore cordiales et reconnaissantes. Au point que, aujourd’hui encore, pour dire merci c’est le mot français qui est utilisé, en souvenir de Richelieu. Les français gardent de cette possession temporaire la mahonnaise, devenue notre mayonnaise.

Nouveau jeu de chaise musicale franco-britannique, les Anglais reviennent sur l’île, de manière moins paisible cette fois. Les Français sont accueillis à bras ouverts en 1798 lorsqu’ils viennent chasser leurs voisins pour la seconde fois. 1802 l’île repasse, définitivement, sous la couronne espagnole.

Les relations avec les Français restant chaleureuses, un lien se fait naturellement entre l’île et la colonie d’Alger. Les Français installent même un hôpital militaire et une base de ravitaillement à Mahon. Les conditions insulaires restant compliquées, de nombreux Minorquins s’installent d’ailleurs en Algérie au milieu du 19e siècle.

L’île de Minorque : un environnement préservé

L’histoire de l’île reste singulière jusqu’à l’époque contemporaine. Durant les années de franquisme, l’île étant préalablement restée fidèle au gouvernement républicain, Franco délaisse les côtes minorquines, lui évitant l’urbanisation touristique espagnole des années 60-70.

Le développement touristique se fait lentement dans les années 80. Le classement de l’UNESCO comme réserve mondiale de la biosphère en 1993 la place définitivement hors des affres du bétonnage, préservant ainsi cette nature exceptionnelle, de ces faux airs bretons au nord comme de ses accents caribéens au sud, ces terres riches d’un patrimoine historique et vivant.

Encore peu touristique, Minorque se remplit malgré tout un peu plus chaque année…